"L’idée au final est de concevoir une solution qui permette de se déplacer en ville sans utiliser le sens de la vue."
GOSENSE
mise à jour le lun, 05/29/2017 - 18:05
Entretien avec : 
Hugues de Chaumont, co-fondateur
Réalisé le : 
19.04.2017
Une définition de ce projet en une phrase ? : 
GoSense travaille sur les sens augmentés chez l’Homme par les nouvelles technologies. Nous avons conçu une technologie de réalité augmentée sonore « 3DSensor », pour offrir plus d’autonomie aux personnes déficientes visuelles. Grâce au son, nous permettons ainsi aux personnes déficientes visuelles de repérer les obstacles en 3 dimensions et de s’orienter. Nous pouvons donc parler de « son spatialisé ou son 3D » et de « réalité augmentée sonore ». On a donc développé des produits innovants, pour que les personnes mal-et non-voyantes puissent s’attribuer l’espace urbain à travers une liberté totale en termes de mobilité. Parmi ces solutions, il y a Wizigo le premier GPS sonore et communautaire pour personnes déficientes visuelles, sa plateforme web myWizigo.com et Rango un produit électronique à fixer sur une canne blanche qui alerte des obstacles sur le parcours de l’utilisateur.
Votre lecture en quelques dates de l'agenda du projet ? : 
Depuis 4 ans nous développons notre technologie de réalité augmentée sonore, en co-conception avec les utilisateurs. Janvier 2015 : création de la SAS « GoSense » ; Juin 2015 : dépôt en France de notre brevet sur notre technologie de réalité augmentée sonore, « 3DSensor » ; Fin 2015 : sortie de la première version de l’application Wizigo le premier GPS sonore et communautaire à destination des personnes déficientes visuelles ; 2017 : sortie des Airdrives nos écouteurs extra auriculaires qui grâce à leur design innovant laissent vos oreilles libres. L’utilisateur peut ainsi entendre les retours sonores 3D de nos produits ou bien écouter de la musique pendant ses déplacements, tout en restant alerte à son environnement. Nous avons aussi sorti la version 2 de notre application Wizigo ; Aujourd’hui Wizigo 2.0, est intelligent. Il calcule les pas fais par l’utilisateur ce qui permet une meilleure géolocalisation. Enfin, nous avons étendu à l’international notre brevet ; fin 2017 : sortie du produit électronique Rango. L’utilisateur peut ainsi détecter, grâce à une intelligence embarquée, les obstacles en 3 dimensions via un retour sonore 3D (nous avons remporté un programme de recherche européen « Horizon 2020 », pour concevoir la version 2 de Rango avec 9 partenaires européens et développer notre gamme de produits sur d’autres marchés comme les pompiers ou encore la robotique) ; début 2018 : levée de fonds ; Fin 2018 : commercialisation des produits en France et à l’étranger
Les chiffres clés aujourd'hui ? : 
285 millions de personnes sont en cécité totale dans le monde (aveugles, mal voyants, déficients visuels). En France, on compte 1,9 millions de personnes déficientes visuelles (aveugles et les malvoyants). 65% des déficients visuels en France ont un smartphone soit 1,2 millions de personnes déficientes visuelles connectées. Chaque année ce chiffre augmente. Il faut aussi savoir que moins de 1% de cette population utilise une canne blanche dite électronique. Par contre nos études terrain ont montré qu’une fois formées les personnes ne peuvent plus s’en passer. Il y a donc un vrai besoin. Pourquoi seulement 1% d’utilisateurs ? Tout simplement parce que les produits actuels sont en fait trop difficiles à utiliser. Les deux principales raisons comme frein à l’utilisation de ce type de produit est que trop de retours sont transmis à l’utilisateur et les obstacles ne sont pas détectés en 3 dimensions voir certains même pas détectés. Pourquoi une canne électronique ? Car la canne blanche permet de détecter uniquement les obstacles au niveau du sol. Encore faut-il avoir une bonne technique de canne. Après avoir observé beaucoup de personnes aveugles en situation avec un canne blanche en main pendant un déplacement, nous nous sommes rendus compte que beaucoup d’obstacles pouvaient ne pas être détectés. De plus, la canne blanche nécessite d’aller rechercher l’obstacle ! C’est uniquement lorsque l’embout de la canne blanche touche un obstacle que celui-ci est détecté et peut être ensuite contourné. Ce qui peut être stressant. La personne est donc constamment dans l’attente de l’obstacle.
Quelle est pour vous aujourd'hui sa singularité ? : 
Notre singularité réside principalement dans notre démarche d’innovation et dans notre méthode de travail en co-conception, c’est-à-dire une méthode centrée sur l’usager : Des cycles itératifs courts, une remise en question perpétuelle, toujours sur le terrain. Notre démarche d’innovation consiste à : partir du monde du handicap pour s’élargir ensuite à d’autres marchés. Effectivement, notre objectif est bien de proposer une technologie à destination d'une population handicapée et, par les usages communs, de l'étendre à d’autres marchés, au grand public. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de développement spécifique pour adapter la techno à un marché, bien au contraire il y aura du développement. Ce n’est pas magique ! Vous savez plusieurs exemples de produits aujourd'hui communément utilisés ont d'abord été créés pour des personnes à mobilité réduite ou en perte d'autonomie. Par exemple la technologie du sms ou encore la télécommande de notre télévision et même le smartphone. Bref, autant de produits que nous utilisons tous, sans savoir qu’au départ ils ont été pensés pour des personnes handicapées ou en situation temporelle de handicap. L’idée au final est de concevoir une solution qui permette de se déplacer en ville sans utiliser le sens de la vue. Finalement avec cet objectif nous nous interdisons d’utiliser le sens de la vue pour se déplacer. C’est donc une contrainte que nous nous mettons. Mais pas seulement. Pour nous c’est aussi une opportunité ; L’opportunité d’innover ! Comprenez-moi bien, en sortant de notre référentiel de voyant, nous sortons de notre zone de confort. Et bien pour nous c’est comme cela qu’on innove et que l’on s’assure d’un résultat bien-sûr dans les limites des contraintes techniques !
Comment définiriez-vous l'éclosion du projet ? Votre motivation ? : 
Nous avons fait deux constats : le premier (et pour nous le plus important dans notre vision à long terme) est que le « son » est une composante trop souvent négligée lorsque l'on parle d'immersion dans un environnement virtuel. Plusieurs exemples peuvent pourtant démontrer que le son est un élément, tout aussi important voir plus important que les images. Dans les films, les effets sonores sont indispensables pour transmettre une émotion au public. L'ambiance sonore d'un jeu vidéo va considérablement augmenter l'expérience du « Game Play ». Dans notre domaine des technologies de réalité virtuelle, nous avons remarqué que le son était et reste trop peu considéré au profit des écrans ou des technologies visuelles. Le son est donc au centre de notre processus d'innovation. Il devient notre principale interface pour l'utilisateur. Nous nous sommes basés sur notre capacité naturelle à repérer les sons dans l'espace. Quoi de plus normal que de faire sonner son Smartphone lorsqu’on le cherche ! Ensuite nous avons fait un deuxième constat : Il y a eu toujours dans notre domaine de la réalité augmentée et virtuelle, l’émergence de nouveaux capteurs 3D de l’environnement et cela en l’espace de quelques semaines ! C’était incroyable, un capteur qui valait 40 000 euros s’est retrouvé en quelques semaines au prix de 400 euros ! Et en plus avec une qualité nettement supérieure. Donc aujourd’hui, grâce au développement de nos capteurs 3D de l’environnement et au son, nous permettons aux déficients visuels de repérer les obstacles en 3 dimensions et de suivre des chemins sonores 3D. C’est assez simple en fait, un obstacle qui habituellement n'émet pas de son est difficilement localisable pour une personne déficiente visuelle. Avec notre technologie innovante nous le localisons et nous émettons un son (3D) dans l'espace de l’utilisateur. Ainsi, l'utilisateur n'a plus qu'à contourner le « son » pour éviter l'obstacle. Pour l’orienter ce sont par des chemins sonores 3D, matérialisés par un enchaînement de balises sonores virtuelles, que l’utilisateur s’oriente. Donc on peut clairement parler de « son spatialisé ou son 3D » et de « réalité augmentée sonore ». Finalement je peux dire que notre créneau c’est la réalité augmentée sonore. C’est sur ce marché que nous souhaitons évoluer. C’est dans l’ADN même de GoSense. N'étant pas issus du monde du handicap, notre motivation intrinsèque est de vouloir donner du sens à notre projet. Nos philosophies sont le « lean startup », « le lean management », avec une approche par le « design thinking » : C'est-à-dire innover, être agile, tout en mettant nos collaborateurs et surtout l'utilisateur final au centre de la conception de nos produits.
Quelle analyse faisiez-vous à l'époque de ce marché ? : 
Dans un environnement pensé par et pour les voyants, il était nécessaire d’améliorer l’accessibilité des personnes en situation de handicap visuel. C’est pourquoi nous, GoSense, avons décidé de développer des produits innovants, pour que les personnes mal- et non-voyantes puissent s’attribuer l’espace urbain à travers une liberté totale en termes de mobilité. De plus peu de solutions étaient et sont toujours proposées. Et nous avions conscience qu’il y avait un vrai besoin. Et puis que l’utilisateur soit français, japonais, américain… le besoin reste le même. Et nous avons aussi fait le pari du téléphone portable et de la communauté participative.
Quelle analyse en faites-vous aujourd'hui ? : 
Le constat reste le même, nos territoires ne sont toujours pas suffisamment adaptés et toujours en pleine mutation. La principale évolution dans notre analyse que je peux percevoir aujourd’hui, est plutôt une meilleure compréhension des besoins ainsi que des limites des produits de la concurrence. Vous savez il faut du temps pour comprendre des besoins utilisateurs surtout lorsque l’on ne vit pas le handicap. Donc sortir de son référentiel de voyant n’a pas été évident.
Comment définissez-vous la concurrence ? : 
Je définirais la concurrence comme peu adaptée aux besoins des utilisateurs et pas assez proche des utilisateurs finaux. Notre lien avec le terrain et notre démarche de co-conception est vraiment notre principale force différenciante par rapport à ce qui se fait aujourd’hui. Pour parler uniquement des produits types cannes blanches électroniques, il y a sur le marché un outil français le « Tompouce » (conçu par le CNRS et proposé par la fondation visio) et « l’Ultracane » (proposée par Sound Foresight, des anglais). Contrairement à nous, leur parti pris est celui de l’anticipation et non pas celui de l’alerte et encore moins celui de l’intelligence embarquée. Ainsi, l’utilisateur va jouer avec un bouton pour actionner les différentes zones et distances de détection (distances : 4-6-12 mètres et zones : haut-bas). De plus, ils vont alerter de tout ce qui passe devant leurs capteurs (par une vibration qui sera lisse ou saccadée selon la distance des obstacles détectés), comme un radar de recul d’une voiture ou un télémètre. Imaginez-vous en train de balayer dans la rue, de gauche à droite… Et maintenant imaginez le nombre de retours vibratoires que vous pouvez sentir (ex : le mur à votre droite, la voiture garée à votre gauche, le poteau en face de vous…). Donc vous comprenez facilement que leurs systèmes de détection sont bien trop compliqués à interpréter et qu’en plus leur détection est partielle (elle ne protège pas tout le corps). A cela vous pouvez ajouter des limites techniques, à savoir qu’ils ne détectent pas tous les obstacles, et encore moins dans toute les conditions : Par exemple lorsqu’il y a trop de soleil le Tompouce ne fonctionne plus. Et ce n’est pas fini ! J’ajouterais deux autres freins à leurs utilisations : ils sont lourds et ils coûtent chers (même si pour le « Tompouce », l’utilisateur ne le paye pas car il est donné grâce à un système de don).
Quels difficultés/obstacles avez-vous rencontrés ? : 
Je citerai 3 principales difficultés ou plutôt challenges à relever : 1/ N'étant pas issus du monde du handicap, nous avons dû faire l’effort de comprendre les besoins utilisateurs et de prendre le temps de concevoir une technologie de zéro ! Aujourd’hui, beaucoup de startups se lancent dans le numérique. Nous, nous concevons un produit électronique, nous prototypons... Ce qui demandent plus de moyens et plus de prises de risques. Et comme nous aimons les challenges avec mon associé François et la team, nous avons décidé de nous lancer sur 3 produits : Rango - le produit électronique, Wizigo – l’application mobile et son interface web MyWizigo, et nos Airdrives - les écouteurs externes aux oreilles. 2/ Le recrutement est aussi un point important qui n’est pas simple du tout. Entre autres lorsque l’on ne peut pas s’aligner sur les salaires proposés par de plus grosses entreprises. Il faut donc là aussi innover et proposer autre chose comme par exemple une vision partagée, un nouveau mode d’entreprise que l’on peut appeler « l’entreprise libérée », avec ce que l’on appelle aussi le « leadership positif » et le « lean mangement ». Pour nous, dialoguer c’est diriger. Autant de valeurs que nous partageons avec mon associé et l’ensemble de nos collaborateurs. 3/ Enfin le dernier challenge que nous vivons est que nous nous sommes aperçus qu’il n’est vraiment pas simple de trouver de bons partenaires ou de bons prestataires. D’abord, nous sommes très exigeants avec François (envers nous et donc envers nos prestataires). Puis, nous souhaitons partager les mêmes valeurs. Et nous voulons que le travail soit bien fait. Ce qui nous paraît logique mais honnêtement ce n’est pas tous les jours simple mais en prenant le temps et en mettant en concurrence, nous y arrivons ! Donc finalement avec François on aime bien dire que les problèmes restent et se résolvent toujours alors que les opportunités elles, peuvent disparaître. Ce qui veut dire qu’il ne faut jamais baisser les bras et qu’il faut constamment rester attentifs. Et entre nous… En étant motivé et en travaillant, on y arrive toujours !
Comment les avez-vous surmontés ? : 
Par la compréhension des besoins utilisateurs en allant sur le terrain grâce à un écosystème que nous avons construit autour de GoSense. Mais aussi en nous remettant perpétuellement en question. Pour la problématique du recrutement, c’est en proposant une vision partagée et une organisation d’entreprise qui nous est propre (en mode entreprise libérée). Mais aussi en proposant du sens au travail réalisé par nos collaborateurs et nous-même que nous y sommes parvenus. D’ailleurs notre slogan chez GoSense c’est : « GoSense, l’innovation a du sens ! ». Et enfin concernant les partenaires et nos prestataires avec qui nous travaillons. Cela passe par la création d’un lien social entre nous et par des rappels constants de nos exigences que nous arrivons à fonctionner. Le réseau construit ou acquis peut aussi aider.
Comment définissez-vous le modèle de votre projet ? : 
Dans notre marché je pense que l’on pourrait le définir comme hybride ! A l’image du modèle de vente dit « tupperware » nous avons décidé de mettre en place un réseau d’ambassadeurs GoSense, qui sont utilisateurs et déficients visuels. Ils toucheront un pourcentage sur chaque vente réalisée. Ce design de business model nous vient des nombreuses observations terrain et des nombreux tests terrain effectués. En effet, il est souvent arrivé lors de discussions entre certains collaborateurs voyants et des personnes déficientes visuelles, que les personnes aveugles disent à nos collaborateurs voyants la phrase suivante : « De toute façon tu ne peux pas comprendre car tu n’es pas aveugle ! ». Mais lorsque notre collaborateur aveugle intervenait, plus besoin de dire quoi que ce soit ou de devoir se justifier, ils s’écoutaient l’un l’autre et se comprenaient. Enfin nous évoluons dans un domaine qui est très communautaire et nous avons décidé d’en reprendre les codes pour notre modèle principal de distribution. Les personnes déficientes visuelles ont tendance à se retrouver entre elles et à s’échanger les bons plans et les bonnes pratiques. Or, aujourd’hui les canaux de distribution passent par des vendeurs spécialisés qui prennent une grosse marge (payée in fine par l’utilisateur) et qui sont très loin du terrain. Donc, on peut dire que le monde des distributeurs spécialisés est un monde de voyants, très éloigné des problématiques terrain ou de la vie d’une personne aveugle !
Qu'est-ce qui vous manque aujourd'hui pour faire monter en puissance le projet ? : 
Clairement nous avons besoin d’argent pour accélérer notre développement par du recrutement mais aussi par des investissements précis qui nous donneraient les moyens d’une stratégie volontariste à l’internationale. Volontariste pour ne pas dire agressive ! L’idée ? Prendre rapidement les parts de marché. Cela nous permettrait aussi de souffler un peu et de se laisser le temps de lancer les ventes. Et enfin, de pouvoir nous étendre sur d’autres marchés comme par exemple les pompiers ou les militaires qui sont souvent en situation de cécité, ou encore le marché du divertissement. Effectivement comme je vous le disais tout à l’heure, c’est notre objectif et nous avons plusieurs briques technos que nous pourrions tout à fait développer sur d’autres marchés grâce à des usages communs (à notre premier marché des personnes déficientes visuelles) que nous avons repéré.
Si vous deviez définir une suite à cette histoire en une phrase ? : 
GoSense c’est l’augmentation sensorielle chez l’Homme par les nouvelles technologies avec une identité, la réalité augmentée sonore et le son 3D. Avec dans notre ADN le développement de technologies centrées usages, pour la sécurité, le bien-être et le divertissement de nos utilisateurs.
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